Bien ! Alors pour réfléchir ensemble il est primordial de trouver quelques cogitateurs volontaires pour vous assister dans la réflexion à venir. Ça parait évident dit comme ça, mais encore faut-il y penser et j’ajouterai même, y penser tout seul, car je vous rappelle que pour le moment, vous n’avez encore trouvé personne. Bon, une fois que vous avez réuni un aréopage de philosophes autour de vous, il conviendra ensuite, et c’est là que l’exercice devient délicat, que les participants se synchronisent, de manière à s’assurer que la réflexion se fasse bien simultanément et non par intermittence (car alors, on parlerait de réflexion partagée, ce qui n’entre absolument pas dans le cadre de ce billet). De la même manière, il est indispensable que les pensées ne se chevauchent pas (car elles risquent alors de donner naissance, à terme, à des idées enfantines, voire puériles) et qu’aucune ne vienne parasiter ou interférer avec l’autre. Cet objectif qui peut paraître trivial pour peu qu’on ne s’y attarde pas, a pourtant tendance à se complexifier exponentiellement à mesure que le nombre de penseurs augmente. C’est d’ailleurs pourquoi il est impératif de s’abstenir de penser au sein d’une foule qui, de par sa propension inhérente à la désorganisation, ne manquera pas d’exercer, à votre encontre, une coercition populaire dont la finalité aura pour conséquence d’entraver inexorablement votre faculté de propager votre opinion, d’une part, et de l’autre d’en émettre une supplémentaire, quand bien même la seconde aurait vocation à éclairer la première. Ainsi, il est singulièrement rare, après avoir stipulé « Les motards c’est rien que des pédés » au sein d’une manifestation de Hells Angels, d’avoir l’opportunité de spécifier que votre propos se voulait être d’ordre principalement ontologique. Cet exemple se veut purement pédagogique et en aucun cas exhaustif, je vous déconseille tout autant, par exemple, le « Les Bretons, tous des cons ! » dans une manif du FN.

Vient ensuite, l’épineuse question à laquelle aucun cercle de penseurs avisés n’échappe : Réfléchir ensemble, d’accord, mais à quoi ? Je dois reconnaître qu’il s’agit bien là d’une question délicate et qu’elle mériterait à elle seule la constitution d’un pré-groupe de réflexion pour y travailler afin de ne pas être pris au dépourvu quand la bise fut venue. Cela dit, nous aurions tort de trop nous focaliser sur la quête de la réponse dans la mesure où toutes les études consacrées au sujet à ce jour aboutissent à la même conclusion : on s’en branle !

Sur ce, je sens qu’est venu pour moi le temps de vous laisser réfléchir tout seuls, parce que moi, il faut que j’aille me faire cuire des pâtes.