C’est pourtant pas compliqué, à vous je peux bien le dire, je ne vais pas au coiffeur du centre commercial pour plusieurs raisons dont la première est quand même que ce n’est pas le mien. Et aussi parce que je ne supporte pas d’avoir des p’tits cheveux dans le dos. C’est une véritable saloperie les p’tits cheveux dans le dos. On a beau faire, on peut se protéger tant qu’on veut, essayer de composer la combinaison blouse de coiffeur + serviette + truc en caoutchouc[1] la plus hermétique possible, c’est peine perdue, les cheveux parviennent toujours à s’insinuer. Et pourtant, le truc en caoutchouc, il est précisément fait pour éviter que les cheveux ne s’insinuent, hein, mais tintin ! Y’en a toujours qui passent. Moins, certes, que s’il n’y avait pas le truc en caoutchouc, mais quand même. Il doit y avoir, dans la profession, un taux admissible de cheveux qui passent entre le truc en caoutchouc et le cou, une limite tolérable. Si ça se trouve, les différentes marques de truc en caoutchouc rivalisent d’ingéniosité, se livrent une concurrence féroce pour limiter le taux de cheveux qui passent quand même (le taux de CQPQM, quoi). Les départements de Recherche et Développement du milieu capillicole sont sur le coup. Des fortunes sont dépensées, mais à l’arrivée, le taux de CQPQM reste intolérable, ce qui est le comble pour un taux.

Enfin bref, je ne vais pas au coiffeur du centre commercial parce que la première chose que je fais après avoir été au coiffeur, c’est de foncer sous ma douche, or au boulot, y’a pas de douche. Pour être tout a fait précis, y’en a bien une dans les toilettes des femmes, mais pas dans celles des hommes qui, c’est bien connu, sont des porcs qui n’ont pas besoin de prendre de douche. Or je me vois mal sortir de la douche des toilettes dame, me pavanant sous les sifflets admiratifs des connaisseuses, ceint d’une minuscule serviette de bain, moi qui suis infoutu de faire un noeud qui tienne.

Voilà donc pourquoi, disais-je avant d’être grossièrement interrompu par moi-même, je vais toujours au même coiffeur. Et d’ailleurs je ne sais même pas pourquoi on appelle ça un coiffeur vu que dans mon cas, c’est tout sauf du coiffage. C’est bien simple, je suis incoiffable. Ma tête, c’est des épis partout et une implantation des cheveux tout à fait inamicale. Si je laisse moins de 5 cm de cheveux, c’est direct la coupe à la brosse. Du coup, ma relation avec mon coiffeur se résume à : « la même chose en plus court et ferme ta gueule, s’il vous plait ». Faut dire que mon coiffeur est une coiffeuse. Si c’était un gros balaise de coiffeur, je lui parlerais pas comme ça, hein, mais là je risque rien c’est une dame. Du moins, suis-je tenté de le croire, je ne suis pas allé vérifier à proprement parler, mais si j’en juge d’après les protubérances frontales qu’elle me colle sur le nez, on dirait bien des gougouttes. C’est mou, tout pareil et tout. Alors à moins qu’il ne s’agisse de deux énormes fibromes, ou peut-être même des furoncles, va savoir, ou même, si ça se trouve, un fibrome et un furoncle de même taille, il doit bien s’agir de gougouttes. Et pis d’ailleurs pourquoi ma coiffeuse me collerait-elle ses fibromes sur la tronche, hein ? Le fibrome n’est pas une zone particulièrement érogène que je sache ou alors c’est qu’on me cache des trucs.

Notes

[1] toute ma reconnaissance à celui ou celle qui peut me dire comment s’appelle le fameux truc en caoutchouc que les coiffeurs vous collent autour du cou