Une fois posées ces prémisses et avant que d’avancer dans le vif du sujet, dont j’en suis encore à me demander de quoi il sera constitué, laissez-moi vous assurer, à toute fin utile, que si je me permets de vous appeler « ami lecteur », il ne faut surtout pas y voir une quelconque forme de complicité ou encore de connivence, ce qui serait pire, et j’eusse aussi bien pu vous appeler Hannibal[1]. Non, il s’agit simplement d’une convention destinée à évacuer la vacuité du ressenti derrière l’insignifiance du propos. Et accessoirement à vous noyer sous une avalanche de phrases pénibles, insipides, rébarbatives, assommantes, et surtout vides de sens puisqu’on traite quand même ici de néant, faudrait voir à pas l’oublier.

Jusqu’où s’étend la résistance du lecteur soumis au pilonnage dérisoire du banal et de l’anodin ? Qui sort gagnant quand l’accessoire le dispute à l’inconsistant ? Voilà bien une problématique intéressante et j’espère, à ce propos, qu’elle vous intéressera plus que moi parce que, de mon côté, c’est moyen, mais j’estime qu’il vaut toujours mieux ennuyer autrui que s’ennuyer soi-même. C’est d’ailleurs une solution radicalement efficace que je m’emploie à mettre en oeuvre au quotidien dans le cadre des fonctions qui m’incombent malgré moi, et que je recommande vivement à toute personne ayant à coeur de perdre ses amis.

Mais peut-être le temps est-il venu d’établir, à l’intention des curieux, la raison pour laquelle je m’applique à dire beaucoup sur rien plutôt qu’un peu sur tout. Et bien, c’est très simple. D’abord, parce que le net ne manque pas de blogs qui se consacrent impudiquement à la seconde proposition et ensuite parce que j’aurais beaucoup à dire sur des sujets que je n’ai aucunement l’intention d’aborder ici, ce qui, vous acquiescerez sans retenue (si j’en vois qui n’aquiescent pas, ça va barder), ne va pas sans poser de multiples problèmes insurmontables dont le moindre n’est pas le conflit d’intérêt généré entre le mien (d’intérêt, donc, faudrait quand même essayer de suivre un peu) et n’importe quoi d’autre que vous aurez soin de choisir à ma place parce que j’en ai marre de faire tout le boulot et que quitte à parler de rien, autant ne pas chercher à faire du sens et non, je n’ai absolument pas honte de cette phrase ni de ce qu’elle laisse entendre de la confusion et du je m’en foutisme qu’on voit transparaitre au travers des multiples failles qui la constituent.

Parvenu vaillamment à ce point d’abstraction du sens et d’abnégation de la portée significative, il m’apparaît évident de ne pas gâcher un tel chef-d’oeuvre en commettant la grossière erreur qui consisterait à aborder, enfin, le fameux vif du sujet dont il était question plus haut et dont, par conséquent, on ne saura jamais de quoi il eût pu être constitué. C’est fâcheux, n’est-ce pas ? Mais bon, on n’est pas chez Finkielkraut, ici.

Merci de m’avoir lu.

Notes

[1] quoi que « Hannibal lecteur » eût pu paraître un peu désinvolte.