Tenez, moi qui vous parle, je viens d’être odieusement agressé de la manière la plus sauvage par une simple paire de chaussette. Une agression soudaine dont l’extrême violence fût encore renforcée par la surprise tant il est vrai que je ne m’attendais pas à une telle démonstration de vile bassesse de la part d’un accessoire d’ordinaire si innocent. C’est vrai, on ne s’attend généralement pas à être menacé par une chaussette. Et bien on a tort !

Et pourtant, en y repensant, je ne peux attribuer ma déconfiture qu’à une grande naïveté ou à un indécrottable optimisme car j’avais toutes les raisons du monde de me méfier ayant déjà eu, par le passé, maille à partir avec le comportement pernicieux d’une autre paire de chaussettes qui avait conçu le dessein machiavélique de disposer d’une couture à son extrémité plutôt qu’à l’emplacement habituel auquel on s’attend à la trouver, à savoir, le dessus des orteils. Ce plan ingénieux avait fonctionné à la perfection. L’extrémité des orteils étant immanquablement plus sensible que le dessus, la gêne occasionnée était incomparable. Par la suite j’avais pris des mesures adéquates et m’étais arrangé pour ne plus jamais avoir à faire face à la mauvaise volonté chaussetière en vérifiant systématiquement, avant l’achat, que la couture était bien à sa place.

Cette précaution élémentaire m’avait alors permis, jusqu’ici, d’échapper à l’essentiel des mesquineries propres à la chaussette retorse, mais elle ne m’avait pas préparé à ce qui suit :

C’était hier. Après m’être levé à 13h00 du matin, comme à mon habitude, j’avais pris mon petit-déjeuner, ma voisine et ma douche et je m’apprêtais enfin à ouvrir péniblement les yeux afin de m’apprêter me vêtir (oui, je le confesse, la plupart du temps je préfère avoir les yeux ouverts quand je m’habille, ça me permet d’éviter de me faire insulter au boulot, déjà que je me rase pas tous les jours, il me faut bien ménager un peu les susceptibilités). J’en arrivais donc à la délicate opération consistant à enfiler dans le bon sens, couture à l’intérieur, deux chaussettes provenant, si possible, de la même paire. Ce dernier point fût facilité par le choix d’une paire neuve, petite astuce ingénieuse dont je ne suis pas mécontent. Parvenu à effectuer cette manœuvre complexe sans trop de difficultés, c’est avec une fierté non dissimulée que j’en observais le résultat lorsque la douce béatitude affichée sur mon visage fit brusquement place à un sentiment d’horreur. Les motifs de cette nouvelle paire de chaussettes se trouvaient du côté intérieur des chevilles !!! De cette constatation, il ressort sans équivoque possible, que chaque chaussette se trouvait être enfilée sur le mauvais pied.

C’est pourtant bien simple, les accords de Schengen et la convention de Genêve stipulent avec la plus stricte véhémence que les motifs doivent se trouver symétriquement des deux côtés de chaque chaussette, sinon c’est l’bordel. Alors quoi ? Non contents de devoir être attentifs au sens de la couture, il va maintenant falloir être vigilant sur l’enfilage ? Alors maintenant, il va y avoir, dans l’univers de la chaussette, un pied droit et un pied gauche ? Traditionnellement, et c’est un des derniers vestiges de liberté qui nous restent, une chaussette n’avait pas de bon et de mauvais sens. Pour peu qu’ils décident de faire pareil avec les slips, je suis mal barré !