Tout homme en âge d’avoir une érection a déjà vécu ça. Qui, je vous le demande, ne s’est jamais retrouvé à un enterrement, en slip, affligé d’une protubérance que la fragile toile du sous-vêtement avait bien de la peine à masquer ? Qui n’a jamais, alors qu’il portait un kilt, rencontré sa belle-mère au supermarché, manifestant tous les signes d’une trop grande vigueur ? Ou encore qui, au beau milieu d’une conférence, juché sur une estrade, ne s’est jamais aperçu qu’il avait omis de mettre un slip, alors que sa braguette béante laissait entrevoir la grande joie éprouvée à instruire l’assistance ? Celui-là, qu’il me jette la première pierre.

Les occasions de couver une érection inconvenante sont légion pour qui, comme moi, passe l’essentiel de son temps en état d’alerte maximale. Et ce qui pouvait passer pour un vibrant hommage au drapeau, au joli temps de la conscription, a tôt fait de se transformer en une source de déboire, chaque jour renouvelée, dès que l’on retourne à la vie civile.

Pourtant, si l’on veut bien y investir un peu d’imagination, les moyens de satisfaire aux critères de la bienséance sans toutefois se départir de sa bonne humeur existent. Ainsi, le port d’un slip en tôle, chaque fois que vous assistez à un enterrement, vous épargnera bien des déconvenues. Cet astucieux dispositif vous permettra d’exulter en toute discrétion. Ne riez pas ! Le stratagème est si bien pensé que lorsque, immanquablement, le bruit produit par le choc de votre jubilation contre le métal en viendra à se faire entendre, vous pourrez toujours en imputer la responsabilité aux cloches de l’église.

Certes, s’il est naturel de penser qu’une ruse de ce type conviendra aux plus timorés d’entre nous, n’oublions pas pour autant les autres, ceux qui décideront d’en finir avec le statu quo ambiant et d’arborer fièrement les couleurs dont la nature, dans son oeuvre généreuse, les a pourvu. Avec un peu d’astuce, il est tout à fait possible de profiter des propriétés érectiles de l’organe masculin en lui conférant une utilité pratique qui nous permettra de l’exposer le plus naturellement du monde sans soulever le moindre souffle réprobateur de la foule admirative. Tout est, ici, affaire de contexte.

- au supermarché ? Accrochez-y votre panier à provisions.

- au jardin d’enfants ? Fixez-y la laisse de votre Yorkshire.

- une conférence ? Utilisez-le comme une baguette d’officier vous servant à désigner les objectifs à atteindre sur la carte.

- une soirée costumée ? Introduisez-en l’extrémité dans votre oreille gauche et, ainsi apprêté, prétendez être déguisé en pompe à essence.

Vous le voyez, les solutions ne manquent pas pour qui veut bien se donner la peine. Je ne doute pas que vous en trouverez d’autres, toutes plus élégantes les unes que les autres. Si toutefois, à l’occasion d’une une situation particulièrement délicate, vous arriviez à court d’idée ou de ressource pour vous exhiber en bonne conscience, n’hésitez pas à me consulter, je me ferai un devoir de vous aiguiller.