pensons à Marion Cotillard[1], calmons-nous un instant[2], réagissons efficacement, regardons les choses en face, il me faut une nouvelle carte-mère ! »

Bon, ayant toujours monté mes machines moi-même, c’est pas vraiment le genre d’opération à me faire peur. Le truc, c’est que je voudrais quand même prendre une carte-mère récente, histoire de pouvoir me réserver une certaine marge d’évolution. D’autant que ma configuration actuelle commence à accuser ses quatre ans de bons et loyaux services, il est temps de faire évoluer le bazar.

L’avantage, lorsqu’on monte soi-même son ordinateur plutôt que d’acheter une machine toute faite au supermarché du coin, c’est qu’on peut en choisir chaque composant indépendamment de manière à en assurer la pérennité. Les composants équipant les machines de marque toutes faites étant rarement de dernière génération, on se retrouve vite limité lorsqu’on veut la remettre au gout du jour. Du moins, c’était le cas jusqu’à présent…

Avec l’achat d’une nouvelle carte mère, pas vraiment de surprise, le socket[3] ayant changé, je suis donc contraint de changer également mon processeur qui pourtant est encore tout à fait fonctionnel, c’est classique. Je me suis donc décidé pour une carte-mère récente acceptant la nouvelle génération de processeurs multicoeurs d’une marque de fondeur bien connu. À ce moment, je me dit : « Laurent, mon ange, je suis fier de toi, tu as pris la bonne décision, il ne te reste plus qu’à courir acheter tout ça, carte-mère + processeur, c’est une dépense imprévue, mais ça reste jouable, pense à Marion Cotillard ça va te calmer, oui, comme ça, voilà, c’est bien, parfait. Ah stop !!! Repense à autre chose maintenant parce que là je sens que tu t’emportes. »

La conscience, quoi qu’on en dise, n’est pas innée, elle est acquise et c’est donc par acquis de conscience que je lis les spécifications techniques de ma future carte-mère. La première chose qui me fait réagir, certainement parce que c’est la première que je regarde, c’est un chiffre. Oh, pas un gros chiffre non, au contraire, un tout petit chiffre. Un « 2 » pour être précis. Ce 2 que je regarde d’un oeil circonspect en me demandant ce qu’il fout là, accolé au rassurant acronyme « DDR ». DDR, je connais, c’est le format des barrettes de mémoire équipant ma machine actuelle et que je compte bien conserver car ce sont des barrettes de bonne qualité. Mais, DDR2, c’est nouveau ça ! C’est vrai que ça fait quatre ans que je ne me suis pas trop préoccupé de l’avancée des technologies en la matière, mais je serais bien resté sur DDR tout court moi, ça sonnait bien comme ça. Un rapide coup d’oeil sur Google me confirme ce que je craignais, les barettes DDR2 ont un format différent des barettes DDR et mes barrettes actuelles ne pourront donc pas s’enficher dans les slots de ma nouvelle carte-mère. En même temps, j’aurais dû m’en douter, on m’avait déjà fait le coup avec la mémoire EDO, la SD-Ram, la Rambus et la DDR.[4]

À ce stade, je me dis : « Laurent, lumière de ma vie, ne t’énerve pas, reste stoïque, ne te laisse pas abattre par les basses manoeuvres de ces vils équipementiers mercantiles, sois fort, surmonte ton dégoût, certes, il te faudra de nouvelles barettes, mais si tu y réfléchis bien, ces nouvelles barettes seront plus rapides et surtout, elles possèdent plus de pin et comme tu le sais, plus tu auras de pin, plus tu auras de succès.[5] »

Calmé, poursuivant la lecture des spécifications, je me rassure en constatant que plus aucun nouveau chiffre incongru ne vient troubler ma sérénité par sa présence. Au contraire, serais-je tenté de dire, ce serait plutôt une absence qui me met la puce à l’oreille. En effet, je ne vois nulle part le sigle AGP que je nourrissais le fol espoir de lire. AGP, c’est pourtant un grand classique, c’est le format des cartes graphiques qui munissent les ordinateurs depuis de nombreuses années maintenant. C’est le format de MA carte graphique actuelle et, on dira ce qu’on veut, une carte graphique, c’est quand même important vu que c’est ça qui affiche les informations sur l’écran. Horreur et pute en faction[6] ! Ils ont aussi changé le format des cartes graphiques, maintenant on ne trouve plus que des ports PCI Express, ce qui est beaucoup moins pratique à dire qu’AGP, faut reconnaître. Je suis bon pour changer ma carte graphique qui, certes, n’est plus de première jeunesse, mais qui me donnait entière satisfaction. C’est triste à dire, ça me fend le coeur, mais à nouveau, j’aurais dû m’en douter, on m’avait déjà fait le coup avec le Vga, le Xvga, le bus local et le Vesa[7].

Rendu à un certain niveau de désespoir, je tente maladroitement de me rasséréner en me disant : « Laurent, mon grand fou, mon tout, mon toit, toi qui illumines mes perspectives comme un phare resplendissant, traquant l’obscurité dans les moindres recoins de mon âme torturée pour l’exposer à ta sublime clarté nimbée de bienveillance, ne te laisse pas gagner par le découragement, pense à Marion Cotillard, il va te falloir changer également ta carte graphique, tu ne peux plus reculer maintenant de toute façon, c’est un mauvais moment à passer, n’y pense plus et va de l’avant. »

Au point où j’en suis, autant lire jusqu’au bout ces saloperies de spécifications techniques. En principe, vu que j’ai déjà tout changé sauf les disques durs et que j’ai des disques durs aux normes actuelles, je vois vraiment pas ce qui pourrait encore me tomber dessus. Après tout, mine de rien, je viens de passer en revue tous les composants constituant mon pc, il manquerait plus qu’ils changent le connecteur de l’alimentation juste pour faire chier le monde, mais ça ils oseront jamais, ce serait trop gros, ça passerait pas…

Ah si ! Ils ont osé !

Ok, je suis furax ! Je me dis : « Laurent, ma couille, là t’es bien énervé, pense à Marion Cotillard, pense à Marion Cotillard, pense à Marion Cotillard, de toute façon, ça sert plus à rien mais c’est toujours agréable. »

En conclusion, on ne peut plus faire évoluer une machine qui a quatre ans d’âge. C’est un peu con parce qu’en général, la machine, on la fait pas évoluer quand elle est flambant neuve. Le mythe du pc évolutif à vécu ! (Et encore je m’en tire à bon compte, je conserve mon boîtier, mon écran, mon clavier et ma souris).

Ps : si je suis pas premier chez Google sur Marion Cotillard avec ça, c’est qu’il y a pas de justice.

Pps : Pour les renvois de notes, il suffit de cliquer dessus pour se retrouver tout en bas du texte, en regard de la note correspondante, puis de recliquer sur le chiffre précédant la note pour retrouver le texte principal là où on l’avait laissé et oui, je sais que c’est un peu tard pour le dire mais on s’amuse comme on peut (surtout quand on peut peu).

Notes

[1] Certes, il n’y a aucun rapport, mais elle est si agréable à regarder que ça en a des vertus appaisantes sur mon métabolisme.

[2] Ça c’est parce que j’ai pensé un peu trop fort à Marion Cotillard.

[3] Support dans lequel vient s’enficher le processeur sur la carte-mère

[4] en réalité, pour la Rambus, je ne m’étais pas fait avoir, faut pas me prendre pour un con non plus.

[5] Je me dis ce que je veux et je vous emmerde !

[6] J’aurais bien mis un copyright sur celle-là mais je m’aperçois avec dépit que d’autres l’ont sortie avant moi.

[7] Le Xvga, je l’ai mis pour la forme, je vous ai dit de ne pas me prendre pour un con