Alors voilà, en ce moment, il fait beau. Cette information ne revêt pas, j’en conviens, le moindre embryon d’importance, ou plutôt elle revêt une quantité notable d’importance nulle, comme disait Lautréamont, mais je crois qu’il est de bon ton de débuter un nouveau billet par quelques considérations météorologiques qui ont pour double avantage de faire passer celui qui s’y livre pour une personne à la pointe de la préoccupation agricole et de retarder d’autant une entrée redoutée dans le vif du sujet et ce, principalement, quand on n’a pas la moindre idée de ce qui constituera la matière nourricière dudit billet. L’emploi de la métaphore « matière nourricière », si elle n’est pas du plus bel effet, n’en est pas innocente pour autant. En effet, j’aurais pu employer « ciment constitutif » ou « substantifique moelle » mais oserai-je t’avouer, lecteur, qu’il s’agit là d’un procédé syntaxique sournois visant à te remettre en mémoire, le sacrifice dont je parlais plus haut.

Bon, voilà, en ce qui concerne les nouvelles, c’est simple, il n’y en a pas. Tout se déroule normalement d’une manière normalement normale et, en ce qui me concerne, il ne s’est absolument rien passé qui vaille la peine d’être mentionné, ce qui explique, cher lecteur, mon embarras tout naturel pour satisfaire ta soif de nouveautés. Mon honnêteté proverbiale m’interdit donc de me compromettre dans de longues digressions superflues, porteuses de banalités convenues visant, d’une part, à masquer le sentiment d’absence totale d’intérêt qui émane de cette notule et dont l’ampleur n’a d’égale que celle, intolérable, générée par l’obstination des responsables de TF1 à diffuser certaines émissions thématiques ayant pour sujet la chasse ou la pêche et, d’autre part, à couvrir le manque d’enthousiasme flagrant qui régit de bout en bout le laborieux morceau de littérature que je suis à composer, d’autant qu’il n’entre manifestement pas dans mes habitudes de noircir des pixels à la seule fin de couvrir une surface décente et de me dire : « encore deux ou trois phrases de ce type et j’arriverai au bout de mes peines ». Non ! je ne céderai pas à cette tentation si tentation il y eut. D’aucuns voudraient que je parle sans avoir rien à dire, je m’y refuse. Ce n’est donc pas aujourd’hui que je vais franchir la ligne symbolique ou trahir la contribution éthique que je me suis toujours et de tout temps imposée comme la seule vraie alternative face à une certaine faiblesse de comportement qui caractérise les hommes que le silence effraie plus qu’il n’enrichit et qui, en ce qui me concerne, a toujours allumé les clignotants de la défiance méritée. Elle n’est pas arrivée l’heure à laquelle on me verra user de ce procédé vil et calculateur dans le dessein peu avouable de remplir l’écran avec des mots qui ne charrieraient pas, dans leur cortège sacré, cette valeur suprême que confère le sens à la plus humble des proses. Et cela serait encore tellement plus déplorable si ce manquement à la plus élémentaire règle de conduite était destiné à tromper la confiance de mes lecteurs. Non, décidément, je préfère me taire…