J’ai beau répliquer que d’abord, je suis pas gentil et en plus, tu vois, les questions existentielles, ça a l’air de rien comme ça, hein, mais en fait, hein, c’est beaucoup d’investissement personnel, tu comprends… Tout le travail est en amont, il y a une réflexion intense avec évaluation des tenants et des aboutissants, analyse statistique des risques de décrochage du client lecteur, estimation du taux de satisfaction, tout ça… Un peu comme feu le tableau blanc immaculé de Cy Townbly, si tu vois de quoi que je parle… Oui, voilà ! C’est pareil ! En fait, sur ce blog, les questions existentielles, c’est un peu une thématique récurrente réservée au haut du panier de mon nombreux lectorat. Attention, interdit au profane ! Il peut pas comprendre le profane. D’ailleurs y’a qu’à regarder son air bête et son oeil terne pour le savoir. La dernière fois qu’une idée a passé par son crâne, ça lui a occasionné une commotion cérébrale à la fesse droite.

Mais rien n’y fait !

- hein ?
- non, je disais, rien n’y fait !
- quoi ?
- oui parce que tu vois, au début du paragraphe au-dessus, là-haut, j’ai commencé par « j’ai beau répliquer que… nanana…nanana », et après, emporté par ma verve foisonnante, je me suis une peu perdu en route et j’ai pas eu la place pour caler « mais rien n’y fait ! », alors je me suis dit comme ça… pourquoi pas, après tout, j’ai qu’à la mettre en dessous, y’a de la place.
- mais personne ne va rien comprendre…
- et ben si ! parce qu’après on explique avec le dialogue…
- quel dialogue ?
- laisse tomber !
- ah parce qu’on est un dialogue maintenant ?
- laisse tomber, je te dis !
- bon ok…
- Aïe ! pas sur mon pied !
- oups pardon !
- pardon ?
- je disais pardon.
- Ah ! non, c’est pas grave.
- non mais quand même.
- t’inquiète pas, même pas mal !
- d’accord.
- je vous en prie.
- ah bon ? On se vouvoie ?
- c’est comme tu veux.
- tu devrais arrêter avec le dialogue là parce qu’à la fin, on sait plus qui parle.
- si, si ! c’est moi qui parle.
- oui mais là, par exemple, moi aussi je peux dire que c’est moi qui parle.
- oui, mais là c’était toi. Par contre, quand c’est moi qui parle tu peux pas le dire vu que c’est moi qui parle.
- pas con !
- ben attends…
- bon, ben si tu le dis…
- mais oui, ils vont comprendre, t’inquiète pas.
- ok, ok
- Hein, vous comprenez, hein ?
- oui, oui, on comprends, pas de problème.
- Ah tiens tu vois !
- Ah ouais, t’avais raison. Il sont forts quand même !
- Oh là ! Dis pas ça, faut pas leur dire, ils sont intenables après.
- Oh une fois de temps en temps, ça peut pas faire de mal.
- non, non, faut pas, ça leur donne des caries et ça les rends aveugles.
- Ah bon ? je savais pas
- Ben oui, non, mais faut faire gaffe quoi. Ne recommence plus.
-d’accord.
- merci.
- t’as pas dix balles ?
- hein ?
- j’ai rien dit moi…
- qui qu’a parlé ?
- c’est moi !
- t’es qui toi ?
- excusez-moi de vous interrompre, je suis pas dans l’histoire là mais je passais par là et je vous ai vu dialoguer et comme j’avais besoin de dix balles…
- ça existe plus les balles, on est aux euros maintenant !
- ah bon ? Ah excusez-moi, c’est que je suis sorti d’une vieille histoire du blog, je m’appelle Luigi, c’était avant l’euro..
-…
-bon je vous laisse alors.
- voilà, on va faire comme ça…
- bon et nous on fait quoi maintenant ?
- je sais pas… on pourrait peut-être essayer de se barrer discrètement.
- Tu rigoles, ils vont le voir
- mmmmh faut voir…
- tu crois ?
- je sais pas, faut essayer pour savoir.
- ouais ? tu crois ?
- Tiens regarde, là, si je me met comme ça, là, tu vois, j’ai plus qu’à rapprocher discrètement mon pied de la falaise là… c’est jouable…
- non mais attends ! me laisse pas comme un con !
- Tu vois, et pis là, je passe un bras tranquilou…
- oh tu déconnes…
- et hop ! le tour est joué !
- …
- …
- …
- …
- euh, t’es vraiment parti là ?
- …
- bon et ben m’sieur dame, c’est pas le tout, mais… va falloir que je vous laisse moi aussi, j’ai une otarie en bas-âge à m’occuper, voyez… alors, comment dire, euh… il n’est de bonne amitiés qui ne se quittent, n’est ce pas, hein, comme on dit…
- Ouais, ouais, casse toi !
- ok, j’y vais, j’y vais… au revoir, m’sieur dame…